Dalle rectangulaire sur quatre côtés : calculer les moments par la méthode de Pigeaud
Dalle rectangulaire sur quatre côtés : calculer les moments par la méthode de Pigeaud
Une dalle rectangulaire posée sur ses quatre côtés ne fléchit pas de la même façon dans ses deux directions : presque carrée, elle porte à peu près également dans les deux sens ; très allongée, elle porte presque comme une poutre, dans le sens court. Les deux moments de flexion Mx (sens court) et My (sens long) se déduisent d’un seul rapport géométrique, α = lx/ly, lu dans un tableau de coefficients : c’est la méthode dite de Pigeaud. Cet article explique cette lecture, puis calcule un exemple complet à l’ELU et à l’ELS, en BAEL 91 révisé 99 et en Eurocode 2, dans une feuille modifiable.
Avertissement : exemple de calcul à but pédagogique
Cette page présente un exemple de calcul destiné à l’apprentissage de la justification élémentaire des éléments de structure. Elle ne constitue pas un outil de dimensionnement d’ouvrages réels : la dalle est supposée articulée sur son contour, sans continuité ni encastrement, et les résultats ne sont pas vérifiés pour un projet donné.
NEOGENESIS décline toute responsabilité quant à l’utilisation de ces calculs dans des projets qui ne sont pas contrôlés par NEOGENESIS. Le seul moyen d’engager notre responsabilité est de faire valider ces calculs par nos ingénieurs dans le cadre d’une mission de contrôle technique.
1. Le problème : une dalle porte dans les deux sens, pas dans un seul
Une bande de dalle qui ne porte que dans un sens se calcule comme une poutre : sur deux appuis simples, son moment maximal vaut p l²/8.
Une dalle rectangulaire appuyée sur ses quatre côtés se déforme dans les deux directions à la fois : une part de la charge part vers les grands côtés au lieu d’être entièrement portée par les petits côtés.
Ignorer cet effet conduit à surestimer le moment dans le sens court et à ne pas armer le sens long, qui travaille pourtant. Dans l’exemple ci-dessous (α = 0,853), le moment Mx vaut environ 0,05 p lx², contre 0,125 p lx² pour une bande portant dans un seul sens.
2. Le mécanisme : un rapport de portée, deux coefficients de tableau
On note lx le petit côté de la dalle, ly le grand côté (lx ≤ ly) et p la charge uniformément répartie par unité de surface, couvrant tout le panneau. Le rapport α = lx/ly, compris entre 0 et 1, résume la géométrie. Pour un panneau articulé sur son contour, un tableau donne deux coefficients μx et μy, d’où :
Plus la dalle est allongée (α petit), plus μx se rapproche de la valeur de la bande isolée (0,125) et plus μy diminue. Pour une dalle carrée (α = 1), μy = 1 : les deux moments sont égaux.
Le tableau dépend du référentiel
- BAEL 91 révisé 99 : tableau de l’annexe E.3 (moments au centre du panneau, portées mesurées entre nus des appuis), établi pour 0,40 ≤ α ≤ 1 avec ν = 0. Le règlement prend ν = 0 pour le calcul des sollicitations et 0,2 pour celui des déformations (article A.2.1,3) : les mêmes coefficients servent à l’ELU et à l’ELS.
- Eurocode 2 : Tableau 1 du guide d’application FD P18-717 (commentaire de 5.6.1(3)P de NF EN 1992-1-1, moments maximaux), établi pour 0,50 ≤ α ≤ 1, avec deux colonnes : ν = 0 (béton fissuré) et ν = 0,2 (béton non fissuré), selon NF EN 1992-1-1, 3.1.3(4). La feuille retient ν = 0 à l’ELU et ν = 0,2 à l’ELS (analyse linéaire en sections non fissurées, 5.4(2)) ; sur tout le tableau, la colonne ν = 0,2 donne des moments plus élevés, ce qui place ce choix du côté de la sécurité.
La feuille interpole linéairement entre les lignes du tableau (pas de 0,05). Extrait :
| α = lx/ly | 0,50 · 0,60 · 0,70 · 0,80 · 0,90 · 1,00 |
| μx, BAEL (E.3, ν = 0) | 0,095 · 0,081 · 0,068 · 0,056 · 0,046 · 0,037 |
| μy, BAEL (E.3, ν = 0) | (0,25) · 0,305 · 0,436 · 0,595 · 0,778 · 1,000 |
| μx, Eurocode 2 (FD, ν = 0) | 0,0965 · 0,0820 · 0,0683 · 0,0561 · 0,0456 · 0,0368 |
| μy, Eurocode 2 (FD, ν = 0) | 0,2584 · 0,3289 · 0,4388 · 0,5964 · 0,7845 · 1,0000 |
| μx, Eurocode 2 (FD, ν = 0,2) | 0,0999 · 0,0869 · 0,0742 · 0,0627 · 0,0527 · 0,0442 |
| μy, Eurocode 2 (FD, ν = 0,2) | 0,3830 · 0,4682 · 0,5831 · 0,7115 · 0,8510 · 1,0000 |
En BAEL, le tableau ne donne pas μy pour α < 0,60 : les valeurs inférieures à 0,25 (α ≤ 0,557) ne sont pas à prendre en considération (note de l’annexe E.3, en application de l’article A.8.2,41). La feuille retient alors 0,25, d’où la valeur entre parenthèses, et interpole entre 0,25 et 0,305 pour 0,557 < α < 0,60.
Domaine d’emploi
En Eurocode 2, l’élément est une dalle si sa plus petite dimension dans son plan est au moins égale à 5 fois son épaisseur (5.3.1(4)) : la feuille demande l’épaisseur h pour le vérifier ; elle s’en sert aussi pour refuser une charge permanente g inférieure au poids propre de la dalle (25h, béton armé de poids normal à 25 kN/m³, NF EN 1991-1-1, Tableau A.1). Hors de ces domaines, la feuille ne donne aucun résultat.
3. Les étapes de la justification
- Rapport de portée α = lx/ly et domaine d’emploi du tableau du référentiel.
- Charges de calcul : pELU = 1,35 g + 1,5 q (BAEL, article A.3.3,21 ; NF EN 1990, expression 6.10 et annexe nationale) et pELS = g + q (combinaison rare du BAEL, article A.3.3,3 ; combinaison caractéristique de NF EN 1990, expression 6.14b).
- Coefficients μx, μy calculés à partir de α, à l’ELU et à l’ELS.
- Moments Mx et My, par mètre de largeur, à l’ELU (ferraillage) et à l’ELS (vérifications de service).
Notations
| lx, ly | petit et grand côtés de la dalle (lx ≤ ly) |
| α | rapport de portée = lx/ly |
| h | épaisseur de la dalle (contrôles lx ≥ 5h et g ≥ 25h en Eurocode 2) |
| g, q | charge permanente totale (poids propre compris) et charge d’exploitation, par unité de surface |
| p | charge de calcul par unité de surface (ELU ou ELS) |
| ν | coefficient de Poisson du béton |
| μx, μy | coefficients de moment, fonction de α (annexe E.3 du BAEL ou Tableau 1 du guide FD P18-717) |
| Mx, My | moments fléchissants de calcul dans le sens court et le sens long, par mètre de largeur |
Exemple traité
| Dimensions | lx = 4,65 m ; ly = 5,45 m ; α = 0,853 ; h = 0,16 m (lx ≥ 5h = 0,80 m) |
| Charges | g = 5,00 kN/m² ; q = 2,50 kN/m² ; pELU = 10,50 kN/m² ; pELS = 7,50 kN/m² |
BAEL 91. μx = 0,0507 et μy = 0,6910 à l’ELU comme à l’ELS. Mx = 11,51 kN·m/m et My = 7,95 kN·m/m à l’ELU ; Mx = 8,22 kN·m/m et My = 5,68 kN·m/m à l’ELS.
Eurocode 2. À l’ELU (ν = 0), μx = 0,0503 et μy = 0,6934 : Mx = 11,42 kN·m/m et My = 7,91 kN·m/m. À l’ELS (ν = 0,2), μx = 0,0572 et μy = 0,7845 : Mx = 9,27 kN·m/m et My = 7,28 kN·m/m.
BAEL 91 et Eurocode 2 : ce qui change, ce qui ne change pas
1. La méthode
Dans les deux référentiels, les moments se déduisent de ceux du panneau articulé sur son contour, lus dans un tableau en fonction de α. Les deux tableaux sont voisins pour μx. Pour μy, le tableau du guide FD P18-717 donne des valeurs maximales, supérieures à celles de l’annexe E.3 pour les dalles allongées (0,3289 contre 0,305 à α = 0,60).
2. Le coefficient de Poisson
Le BAEL impose ν = 0 pour toutes les sollicitations : un seul jeu de coefficients. Le guide FD P18-717 fournit aussi la colonne ν = 0,2 (béton non fissuré), que la feuille utilise à l’ELS.
3. La suite du calcul
Une fois Mx et My obtenus, le ferraillage de chaque direction relève de la flexion simple, par bande de un mètre de largeur : voir l’article Flexion simple d’une section rectangulaire, en BAEL 91 ou en Eurocode 2. Pour un panneau continu, les moments sont d’abord répartis entre travée et appuis (BAEL, article A.8.2,32 ; guide FD P18-717, commentaire de 5.6.1(3)P).
4. Ce qu’il faut retenir
- Une dalle sur quatre appuis porte dans les deux sens : ignorer le sens long revient à ne pas l’armer.
- Un seul paramètre géométrique, α = lx/ly, suffit à obtenir les deux coefficients de moment.
- Le tableau et son domaine suivent le référentiel : annexe E.3 et α ≥ 0,40 en BAEL ; Tableau 1 du guide FD P18-717 et α ≥ 0,50 en Eurocode 2. En deçà, la dalle se calcule comme portant dans un seul sens.
- En BAEL, les coefficients sont les mêmes à l’ELU et à l’ELS (ν = 0). En Eurocode 2, la colonne ν = 0,2 retenue à l’ELS donne des moments plus élevés dans les deux sens.
5. Références
- Règles BAEL 91 révisées 99 (DTU P18-702) : article A.2.1,3 (coefficient de Poisson), article A.3.3 (combinaisons d’actions), articles A.8.2,31 et A.8.2,41, article B.7.1, annexe E.3 (panneaux de hourdis rectangulaires uniformément chargés articulés sur leur contour).
- NF EN 1992-1-1 (Eurocode 2) et son annexe nationale : 3.1.3(4), 5.3.1(4) et (5), 5.4(2).
- FD P18-717 (guide d’application des NF EN 1992) : commentaire de 5.6.1(3)P, Tableau 1.
- NF EN 1990 et son annexe nationale : expressions 6.10 et 6.14b, Tableau A1.2(B)(NF).
NEOPEDIA · en pratique
Sur les dalles pleines de nos projets, nos ingénieurs vérifient que le rapport de portée retenu correspond bien à la géométrie réelle des panneaux (et non à une trame moyenne approximative), et que les moments en travée sont ensuite correctement répartis vers les appuis lorsque la dalle est continue plutôt que simplement posée.
6. Feuille de calcul
Dalle rectangulaire sur quatre côtés
Les valeurs sont à titre indicatif. Modifiez-les pour voir l’influence de chaque paramètre ; le calcul se met à jour immédiatement. Les coefficients μx, μy sont calculés à partir de α par interpolation linéaire : tableau de l’annexe E.3 en BAEL 91 révisé 99, Tableau 1 du guide FD P18-717 en Eurocode 2. Le bouton en haut à droite bascule entre les deux référentiels.
| Géométrie | ||
|---|---|---|
| lx : petit côté de la dalle | m | |
| ly : grand côté de la dalle | m | |
| h : épaisseur de la dalle contrôles lx ≥ 5h (NF EN 1992-1-1, 5.3.1(4)) et g ≥ 25h | m | |
| α : rapport de portée = lx/ly | ||
| Charges | ||
| g : charge permanente totale (poids propre compris) | kN/m² | |
| q : charge d’exploitation | kN/m² | |
| Coefficients (calculés à partir de α) | ||
|---|---|---|
| μx à l’ELU = Mx/(p lx²), BAEL, annexe E.3 | – | |
| μy à l’ELU = My/Mx | – | |
| μx à l’ELS BAEL, annexe E.3 | – | |
| μy à l’ELS | – | |
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