Poutres en zone sismique : dispositions selon l’Eurocode 8, le RPS 2011 et les règles PS 92
Poutres en zone sismique : dispositions constructives selon l’Eurocode 8, le RPS 2011 et les règles PS 92
Sous séisme, une poutre de portique en béton armé doit pouvoir former une rotule plastique à ses extrémités sans se rompre de façon fragile. L’Eurocode 8 l’obtient par des dispositions constructives dans des « zones critiques » : cadres resserrés, taux d’armatures longitudinales encadré, armatures comprimées minimales. Cet article présente ces règles pour les classes de ductilité DCM et DCH, puis celles du règlement marocain RPS 2011 et des anciennes règles PS 92, et les vérifie sur une même poutre.
Avertissement : exemple de calcul à but pédagogique
Cette page présente un exemple de vérification destiné à l’apprentissage des dispositions parasismiques des poutres. Elle ne constitue pas un outil de dimensionnement d’ouvrages réels.
Elle ne remplace ni l’analyse sismique d’ensemble, qui fournit le type structural et les périodes, ni la vérification de résistance de la poutre en flexion et à l’effort tranchant. Elle se limite aux dispositions de ductilité locale.
NEOGENESIS décline toute responsabilité quant à l’utilisation de ces calculs dans des projets qui ne sont pas contrôlés par NEOGENESIS. Le seul moyen d’engager notre responsabilité est de faire valider ces calculs par nos ingénieurs dans le cadre d’une mission de contrôle technique.
Quel texte appliquer ?
- Eurocode 8 : NF EN 1998-1 est destinée à remplacer la norme NF P 06-013 (règles PS 92) et ses amendements A1 et A2, selon son statut. C’est le mode par défaut de la feuille (classes DCM et DCH).
- Règles PS 92 : ancien texte, gardé dans la feuille pour vérifier un ouvrage existant ou comparer les deux approches. Il n’est pas à utiliser pour un projet neuf.
- Au Maroc, les bâtiments relèvent du règlement de construction parasismique « RPS 2000, version 2011 », approuvé par le décret n° 2-12-682 du 28 mai 2013. Le décret de 2002 en exclut les constructions traditionnelles en terre, paille, bois ou roseaux et les bâtiments d’un niveau de 50 m² au plus (article 3). La feuille le calcule (mode « RPS 2011 »).
1. Le problème : une poutre trop peu ductile devient un maillon fragile
Le comportement parasismique d’une ossature en béton armé repose sur sa capacité à dissiper l’énergie par des déformations plastiques localisées, sans rupture fragile prématurée. C’est ce qui permet de calculer la structure avec un coefficient de comportement q supérieur à 1.
Une poutre mal armée à ses extrémités peut rompre avant d’avoir dissipé l’énergie attendue :
- des cadres trop espacés laissent flamber les barres comprimées et éclater le béton ;
- trop d’armatures tendues font rompre le béton comprimé avant que l’acier ne plastifie ;
- trop peu d’armatures tendues font rompre l’acier dès la fissuration.
L’hypothèse de comportement ductile, sur laquelle repose tout le dimensionnement sismique, tombe alors.
2. Le mécanisme : des zones critiques armées pour la ductilité
Eurocode 8 : définition de la poutre
Une poutre est un élément soumis principalement à des charges transversales, dont l’effort normal réduit reste faible (§5.1.2) :
Au-delà, l’élément est un poteau : la feuille ne calcule pas.
La portée l entre nus d’appuis doit aussi être au moins égale à trois fois la hauteur totale de la section (NF EN 1992-1-1, 5.3.1(3)) ; sinon l’élément est une poutre-cloison, et la feuille ne calcule pas.
Eurocode 8 : zones critiques
Une zone critique s’étend sur une longueur lcr à partir de chaque extrémité de poutre reliée à un poteau, et de part et d’autre de toute section susceptible de se plastifier :
lcr = 1,5 hw en DCH (§5.5.3.1.3(1)P)
hw est la hauteur totale de la poutre. Sous un élément vertical interrompu (poteau ou mur qui ne descend pas), la zone critique s’étend sur 2 hw de chaque côté (§5.4.3.1.2(2)).
Eurocode 8 : ductilité en courbure
La zone critique doit offrir un coefficient de ductilité en courbure μφ au moins égal à (§5.2.3.4(3)) :
μφ = 1 + 2 (q0 − 1) TC/T1 si T1 < TC
- q0 : valeur de base du coefficient de comportement (Tableau 5.1). Pour une ossature, elle vaut 3,0 αu/α1 en DCM et 4,5 αu/α1 en DCH. αu/α1 vaut par exemple 1,3 pour une ossature régulière en plan à plusieurs travées et plusieurs étages (§5.2.2.2(5)), et jamais plus de 1,5 (§5.2.2.2(8)).
- T1 : période fondamentale du bâtiment dans le plan de flexion ; TC : fin du plateau du spectre.
- Avec un acier de classe B, μφ est multiplié par 1,5 (§5.2.3.4(4)).
La feuille prend q0 tel que le donne le Tableau 5.1, sans la réduction de 20 % des bâtiments irréguliers en élévation : c’est ce que dit la note du §5.2.3.4(3), et c’est le sens de la sécurité.
Eurocode 8 : taux d’armatures longitudinales
Le §5.4.3.1.2(4) traduit cette exigence en règles simples, à remplir « pour les deux semelles de la poutre » : sous séisme alterné, les armatures supérieures puis les armatures inférieures sont tendues à leur tour. Les taux sont rapportés à b d (b : largeur de la membrure comprimée) :
ρ ≤ ρmax = ρ’ + 0,0018 fcd/(μφ εsy,d fyd) (5.11)
ρ ≥ ρmin = 0,5 fctm/fyk (5.12), sur toute la longueur
- Chaque face est tour à tour la face tendue (ρ) et la face comprimée (ρ’) : la feuille vérifie les trois conditions dans les deux sens, en prenant b = bw dans les deux sens (section rectangulaire).
- La section comprimée A’s s’ajoute aux aciers comprimés éventuellement nécessaires à la vérification à l’état limite ultime.
- Chaque section reste au plus égale à As,max = 0,04 Ac (NF EN 1992-1-1, 9.2.1.1(3), valeur retenue par l’annexe nationale).
- Si la zone tendue comprend une dalle, ses armatures parallèles à la poutre dans la largeur participante comptent dans ρ.
- fcd et fyd sont pris avec γc = 1,30 et γs = 1,00, valeurs de l’annexe nationale pour la situation sismique (clause 5.2.4(3)) ; εsy,d = fyd/Es avec Es = 200 GPa.
Eurocode 8 : armatures de confinement
Dans la zone critique, les cadres ont un diamètre dbw d’au moins 6 mm, et leur espacement ne dépasse pas :
s = min(hw/4 ; 24 dbw ; 175 mm ; 6 dbL) en DCH (5.29)
dbL est le diamètre minimal des barres longitudinales : la barre la plus fine commande le flambement entre deux cadres. Saisir le diamètre du lit principal donnerait un espacement trop grand. Le premier cadre est placé à 50 mm au plus de l’extrémité de la poutre.
RPS 2011 (Maroc) : niveau de ductilité
Le RPS 2011 définit trois niveaux de ductilité : ND1 (faible), ND2 (moyenne) et ND3 (élevée) (3.3.2). Le niveau requis dépend de la classe du bâtiment et du coefficient de vitesse υ de la zone (Tableau 3.2) :
- Classe du bâtiment (3.1.1) : I, importance vitale (hôpitaux, protection civile…) ; II, grand public (établissements scolaires, salles de plus de 300 personnes…) ; III, bâtiments ordinaires.
- υ (Tableau 5.1) : 0,00 ; 0,07 ; 0,10 ; 0,13 ; 0,17 pour les zones de vitesse Zv = 0 à 4. La zone de chaque commune est donnée par le catalogue en annexe du règlement.
- Classes I et II : ND1 si υ ≤ 0,10 ; ND2 si 0,10 < υ ≤ 0,20 ; ND3 si υ > 0,20. Classe III : ND1 si υ ≤ 0,20 ; ND2 au-delà.
- En cas de grandes incertitudes (proximité des sources sismiques, amplification du site), le règlement demande ND3 au lieu de ND2.
La feuille calcule le niveau requis et le compare au niveau retenu, qui peut être plus élevé.
RPS 2011 : définition, matériaux et dimensions
Une poutre est un élément fléchi non comprimé (7.2.2.1.1 et 7.3.1.2) :
Au-delà, l’élément relève des dispositions des poteaux (7.3.1.3) : la feuille ne calcule pas. Les autres conditions sont les suivantes :
- Matériaux (4.2) : résistance du béton supérieure à 22 MPa ; armatures à haute adhérence, fe au plus égal à 500 MPa.
- Dimensions (7.3.1.2.1, h et b plus grande et plus petite dimension de la section) : b/h ≥ 0,25 ; b ≥ 200 mm ; b ≤ bC + hC/2, avec bC et hC les dimensions du poteau perpendiculaire et parallèle à l’axe de la poutre.
- Position : la distance entre les axes de la poutre et du poteau ne dépasse pas 0,25 fois la largeur du poteau.
RPS 2011 : zones critiques et armatures
1,4/fe ≤ ρ0 ≤ 0,025 ; ØL ≥ 10 mm (7.6), tous niveaux
A’ ≥ 0,5 A en zone critique, ND2 et ND3
s ≤ min(8 ØL ; 24 ØT ; 0,25 h ; 20 cm) ND1 et ND2 (7.7)
s ≤ min(6 ØL ; 0,25 h ; 15 cm) ND3 (7.8) ; ØT ≥ 6 mm
- Zones critiques : aussi les zones nécessitant des armatures de compression et, en ND2, les zones de 2 h de part et d’autre d’une rotule plastique. En ND3, le texte écrit seulement que lc est supérieur à 2 h.
- ρ0 : comme dans les règles PS 92, le texte ne précise pas la section de référence. La feuille prend bw h pour le minimum, bw d pour le maximum, et contrôle les deux faces.
- ØL : le texte écrit « diamètre des barres longitudinales » ; la feuille prend le plus petit, lecture la plus défavorable.
- Confinement (7.3.1.1 b) : cadres, étriers et épingles ancrés par crochets à 135° au moins, avec retour rectiligne de 10 cm ; premières armatures à 5 cm au plus de la face du poteau.
- ND2 et ND3 : au moins 0,25 de la section des armatures supérieures des extrémités est prolongé sur toute la longueur (7.3.1.2.2 e).
- Résistance : les éléments sont « préalablement calculés et exécutés selon le règlement en vigueur » (7.3.1). Le RPS ne nomme pas ce règlement de béton armé.
Règles PS 92 (ancien texte) : les dispositions équivalentes
Les règles PS 92 ne distinguent pas de classes de ductilité. Pour un élément principal, elles fixent :
- Définition (11.1.2.4) : pièce fléchie si νmax ≤ 0,07, avec ν = N/(Bn fc28), et h ≤ l/4 ; sinon pièce courte (11.3.6) ou pièce comprimée.
- Matériaux (11.2) : 22 MPa ≤ fc28 ≤ 60 MPa ; armatures à haute adhérence, fe ≤ 500 MPa, allongement total sous charge maximale ≥ 5 %.
- Dimensions minimales (11.3.3.1) : a, b > 25 cm ; B > 625 cm² ; âme bw > 15 cm. Poutres préfabriquées (16.4.1, Tableau 23) : a, b ≥ 200 mm ; B ≥ 40 000 mm² ; bw ≥ 150 mm en béton armé.
- Position (11.3.3.2) : excentricité des axes ≤ 1/8 de la largeur c de la pièce d’appui ; débord de la poutre ≤ c/4 (note).
1,4/fe ≤ ρ0 ≤ 0,025 sur une face tendue (11.3.4.2 a) ; A’ ≥ 0,5 A en zone critique (11.3.4.2 d)
s ≤ min(24 ØT ; 8 ØL,min ; 0,25 d), ØT ≥ 6 mm en zone critique (11.3.4.3) ; s ≤ 0,5 d en zone courante
- Zone critique : aussi toute partie où le calcul sismique exige des armatures de compression. Le texte ne donne pas de seuil de moment réduit.
- ρ0 : le texte ne précise pas la section de référence. La feuille prend bw h pour le minimum et bw d pour le maximum, lecture la plus défavorable, et contrôle les deux faces, tendues tour à tour sous séisme alterné.
- Réduction : 11.8.1.4 permet de réduire de 30 % les sections imposées par 11.3.4.2 c et d, sous réserve d’une vérification sous 0,5 G ± E ; la feuille ne l’applique pas.
- Poutre préfabriquée brochée (16.4.5.2 b) : à défaut de justification, les broches équilibrent en traction, à leur limite élastique, au moins 3H + V, soit Abroches ≥ (3H + V)/fe ; H est la force globale horizontale, V l’effort de traction (séisme, flexion).
Pourquoi un plafond sur le taux d’armatures ?
Hors séisme, l’Eurocode 2 limite seulement la section des armatures tendues ou comprimées à 4 % de la section de béton, hors recouvrements (§9.2.1.1(3), valeur retenue par l’annexe nationale).
En zone critique, l’Eurocode 8 est bien plus sévère. Plus la ductilité demandée μφ est grande, plus ρmax est bas : la section doit rester gouvernée par la plastification des aciers et non par l’écrasement du béton comprimé. Les armatures comprimées ρ’ relèvent directement ce plafond.
3. Les étapes de la vérification
Eurocode 8
- Définition : νd ≤ 0,1 (§5.1.2) et l ≥ 3 hw (NF EN 1992-1-1, 5.3.1(3)).
- Matériaux : béton au moins C16/20 en DCM (C20/25 si agS > 3 m/s², annexe nationale) et C20/25 en DCH ; acier de classe B ou C en DCM, de classe C en DCH, dans les zones critiques (§5.4.1.1, §5.5.1.1).
- Géométrie : bw ≤ min(bc + hw ; 2 bc) et excentricité des axes inférieure à bc/4 (§5.4.1.2.1) ; en DCH, bw ≥ 200 mm et hw/bw ≤ 3,5 (§5.5.1.2.1, renvoi à l’expression 5.40b de l’Eurocode 2).
- Longueur de la zone critique lcr.
- Coefficient de ductilité en courbure μφ, à partir du type structural, de αu/α1, de T1 et TC.
- Taux d’armatures, pour chacune des deux semelles tendue à son tour : ρmin ≤ ρ ≤ ρmax, section comprimée au moins égale à la moitié de la section tendue, et chaque section au plus égale à 0,04 Ac.
- Confinement : dbw ≥ 6 mm et espacement s ≤ smax.
Ne sont pas vérifiés par la feuille : la position du premier cadre, la résistance en flexion et à l’effort tranchant (Eurocode 2, avec l’effort tranchant de dimensionnement en capacité du §5.4.2.2 ou du §5.5.2.1), les ancrages (§5.6) et, en DCH, les barres filantes du §5.5.3.1.3(5)P : au moins deux barres HA de 14 mm (« db = 14 mm » dans le texte) sur chaque face, et un quart des aciers supérieurs sur appuis prolongé sur toute la longueur.
RPS 2011
- Définition : N ≤ 0,10 B fc28 (7.2) ; h < l/2, faute de quoi l’élément est une paroi fléchie (annexe E.5.0 du BAEL 91, règlement de béton armé retenu par la feuille, le RPS ne le nommant pas).
- Niveau de ductilité : niveau requis par le Tableau 3.2, comparé au niveau retenu.
- Matériaux (4.2), dimensions et position (7.3.1.2.1).
- Zone critique lc = 2 h.
- Armatures longitudinales : ØL ≥ 10 mm, bornes de ρ0 sur chaque face, A’ ≥ 0,5 A en ND2 et ND3.
- Armatures transversales en zone critique : ØT ≥ 6 mm, espacement (7.7) ou (7.8).
Ne sont pas vérifiés par la feuille : premières armatures à 5 cm de la face du poteau et crochets (7.3.1.1 b), zones critiques autour des rotules plastiques, armatures supérieures filantes (7.3.1.2.2 e), valeur de lc en ND3, résistances selon le règlement de béton armé, noeuds poteaux-poutres (7.3.1.3.3).
Règles PS 92
- Définition : ν ≤ 0,07 et h ≤ l/4 (11.1.2.4).
- Matériaux (11.2) et dimensions minimales (11.3.3.1 ou 16.4.1).
- Position relative poutre et appui (11.3.3.2).
- Zone critique lcrit = 1,5 d.
- Armatures longitudinales : bornes de ρ0 sur chaque face, A’ ≥ 0,5 A.
- Armatures transversales en zone critique et en zone courante.
- Broches, pour une poutre préfabriquée.
Ne sont pas vérifiés par la feuille : premier cadre à 5 cm au plus du nu et crochets à 135° (11.3.2), majoration des recouvrements (11.3.1.3), quart de l’armature d’extrémité filant (11.3.4.2 c), résistances (11.8.1.2, 11.8.1.5), moments au noeud (11.8.1.3), boucles des broches.
L’exemple traité
| Structure | ossature régulière en plan à plusieurs travées et plusieurs étages : αu/α1 = 1,3 ; T1 = 0,50 s ; TC = 0,40 s |
| Poutre | bw × hw = 30 × 50 cm ; d = 45 cm |
| Poteau | bc = 40 cm (et hC = 40 cm en RPS 2011) ; axes confondus (e = 0) |
| Bâtiment et site (RPS 2011) | établissement scolaire à Agadir : classe II ; commune d’Agadir en zone de vitesse Zv = 3 (catalogue en annexe du RPS 2011), υ = 0,13 ; niveau de ductilité retenu ND2 |
| Sollicitation | poutre sans effort normal (N = 0) ; portée entre nus l = 5,0 m |
| Matériaux | béton 25 MPa ; acier 500 MPa de classe C |
| Ferraillage sur appui | 3 HA16 en partie supérieure (As = 6,03 cm²) ; 3 HA14 en partie inférieure (A’s = 4,62 cm²) ; cadres HA8 espacés de 80 mm en zone critique, 200 mm en zone courante (PS 92) ; allongement sous charge maximale ≥ 5 % (PS 92) |
Eurocode 8
Commun aux deux classes. Poutre au sens des textes : νd = 0 et l = 5,0 m ≥ 3 hw = 1,50 m. Matériaux et géométrie conformes (bw = 30 cm ≤ min(90 ; 80) cm). ρ = 6,03/(30 × 45) = 0,447 % et ρ’ = 4,62/(30 × 45) = 0,342 %. fctm = 2,56 MPa, donc ρmin = 0,256 %. A’s = 4,62 cm² ≥ 0,5 × 6,03 = 3,02 cm². fcd = 19,23 MPa, fyd = 500 MPa, εsy,d = 2,5 ‰.
DCM. q0 = 3,0 × 1,3 = 3,9 et μφ = 6,8. Semelle supérieure tendue : ρmax = 0,342 + 0,407 = 0,749 %, ρ est dans l’intervalle. Semelle inférieure tendue : ρ’ = 0,342 % ≥ 0,256 % et ρ’ ≤ ρmax = ρ + 0,407 % = 0,853 % (borne arrondie par défaut) ; As = 6,03 ≥ 0,5 × 4,62 = 2,31 cm². lcr = 50 cm ; smax = min(125 ; 192 ; 225 ; 112) = 112 mm ≥ 80 mm.
DCH. q0 = 4,5 × 1,3 = 5,85 et μφ = 10,7. Semelle supérieure tendue : ρmax = 0,601 %, ρ est dans l’intervalle ; semelle inférieure tendue : ρmax = 0,705 % ≥ 0,342 %. bw ≥ 200 mm et hw/bw = 1,67 ≤ 3,5. lcr = 75 cm ; smax = min(125 ; 192 ; 175 ; 84) = 84 mm ≥ 80 mm.
La feuille affiche « Dispositions vérifiées conformes » dans les deux classes. Avec un acier de classe B, admis en DCM seulement, μφ passerait à 10,2 et ρmax à 0,613 %, ce qui resterait conforme en DCM.
RPS 2011
Niveau de ductilité. Classe II et υ = 0,13, compris entre 0,10 et 0,20 : ND2 requis (Tableau 3.2), ND2 retenu.
Paroi fléchie ? h = 0,50 m < l/2 = 2,50 m : non.
Définition, matériaux et dimensions. N = 0 ≤ 0,10 B fc28 = 0,10 × 1 500 cm² × 25 MPa = 375 kN. fc28 = 25 MPa > 22 MPa ; fe = 500 MPa. b/h = 30/50 = 0,60 ≥ 0,25 ; b = 300 mm ≥ 200 mm ; bw = 30 cm ≤ 40 + 40/2 = 60 cm ; e = 0 ≤ 10 cm.
Armatures longitudinales. ØL = 14 mm ≥ 10 mm. Mêmes taux qu’en PS 92 : 0,402 % et 0,308 % ≥ 0,280 % ; 0,447 % ≤ 2,5 %. A’ = 4,62 ≥ 0,5 × 6,03 = 3,02 cm².
Armatures transversales. lc = 2 × 50 = 100 cm ; smax = min(8 × 14 ; 24 × 8 ; 0,25 × 500 ; 200) = min(112 ; 192 ; 125 ; 200) = 112 mm ≥ 80 mm. La feuille affiche « Dispositions vérifiées conformes ». En ND3, smax = min(84 ; 125 ; 150) = 84 mm : 80 mm resterait conforme.
Règles PS 92
Définition. ν = 0 ≤ 0,07 ; h = 0,50 m ≤ l/4 = 1,25 m : pièce fléchie.
Matériaux et dimensions. fc28 = 25 MPa dans [22 ; 60] ; fe = 500 MPa. a = 30 cm et b = 50 cm > 25 cm ; B = 1 500 cm² > 625 cm². e = 0 ≤ c/8 = 5 cm ; pas de débord.
Armatures longitudinales. 1,4/fe = 0,280 %. Face supérieure : 6,03/(30 × 50) = 0,402 % ≥ 0,280 % et 6,03/(30 × 45) = 0,447 % ≤ 2,5 %. Face inférieure : 0,308 % et 0,342 %. A’ = 4,62 ≥ 3,02 cm².
Armatures transversales. lcrit = 1,5 × 45 = 67,5 cm ; smax = min(192 ; 112 ; 112,5) = 112 mm ≥ 80 mm ; zone courante 200 mm ≤ 0,5 d = 225 mm. La feuille affiche « Dispositions vérifiées conformes ».
Comparaison chiffrée sur l’exemple
| EC8 DCM | EC8 DCH | RPS 2011 (ND2) | Règles PS 92 | |
| Longueur de zone critique | hw = 50 cm | 1,5 hw = 75 cm | 2 h = 100 cm | 1,5 d = 67,5 cm |
| Taux minimal | 0,256 % (b d) | 0,256 % (b d) | 0,280 % (b h, lecture de la feuille) | 0,280 % (b h, lecture de la feuille) |
| Taux maximal | 0,749 % | 0,601 % | 2,5 % | 2,5 % |
| Espacement maximal en zone critique | 112 mm | 84 mm | 112 mm (84 mm en ND3) | 112 mm |
| Excentricité admise | < bc/4 = 10 cm | < 10 cm | ≤ 0,25 bC = 10 cm | ≤ c/8 = 5 cm |
| Largeur minimale (section rectangulaire) | aucune | 200 mm | 200 mm (et b/h ≥ 0,25) | > 25 cm |
L’écart principal porte sur le taux maximal : les règles PS 92 admettent 2,5 % quelle que soit la ductilité demandée, l’Eurocode 8 le relie à μφ et descend ici à 0,75 % (DCM) ou 0,60 % (DCH). Sur la poutre de l’exemple, un taux de 1 % avec A’ = 0,5 A, admis par les règles PS 92, dépasserait ρmax = 0,5 + 0,41 = 0,91 % de l’Eurocode 8 en DCM : il faudrait davantage d’armatures comprimées. À l’inverse, les règles PS 92 sont plus strictes sur la largeur (plus de 25 cm pour une section rectangulaire) et sur l’excentricité.
Le RPS 2011 reprend les bornes de taux des règles PS 92 (1,4/fe et 2,5 %) et leur exigence A’ ≥ 0,5 A, mais sa zone critique est la plus longue des quatre modes : 2 h = 100 cm, contre 50 à 75 cm. Son espacement en ND2 (112 mm) est celui de la DCM ; en ND3 (84 mm), celui de la DCH sur cet exemple.
4. Ce qu’il faut retenir
- Toute extrémité de poutre reliée à un poteau est une zone critique : sa longueur vaut hw en DCM et 1,5 hw en DCH.
- Le taux d’armatures tendues est doublement borné. Ajouter des aciers tendus « par sécurité » peut faire dépasser ρmax : il faut alors ajouter aussi des aciers comprimés.
- Ces bornes valent pour les deux semelles, tendues à tour de rôle sous séisme alterné : des aciers inférieurs plus de deux fois plus forts que les aciers supérieurs ne sont pas admis, et les aciers inférieurs doivent eux aussi atteindre ρmin.
- L’espacement des cadres en zone critique est commandé par la barre longitudinale la plus fine, et il est plus serré en DCH (6 dbL et 175 mm) qu’en DCM (8 dbL et 225 mm).
- Ces dispositions complètent la vérification de résistance sous les sollicitations sismiques ; elles ne la remplacent pas.
- Au Maroc (RPS 2011) : niveau de ductilité fixé par la classe du bâtiment et la zone de vitesse, zone critique de 2 h, taux borné entre 1,4/fe et 2,5 %, A’ ≥ 0,5 A en ND2 et ND3, cadres à min(8 ØL ; 24 ØT ; 0,25 h ; 20 cm) en ND1 et ND2, min(6 ØL ; 0,25 h ; 15 cm) en ND3.
- Pour un ouvrage existant calculé aux règles PS 92 : zone critique de 1,5 d, taux borné entre 1,4/fe et 2,5 %, cadres à min(24 ØT ; 8 ØL,min ; 0,25 d). Le seuil de moment réduit parfois associé à la zone critique ne figure pas dans le texte.
5. Références
- NF EN 1998-1 (Eurocode 8), septembre 2005, et son annexe nationale NF EN 1998-1/NA de décembre 2013 : avant-propos national, §5.1.2 (zone critique), §5.2.2.2 et Tableau 5.1 (q0), §5.2.3.4 (ductilité en courbure), §5.2.4 et clause 5.2.4(3) de l’annexe nationale (γc, γs), §5.4.1.1, §5.4.1.2.1 et §5.4.3.1.2 (DCM, conditions « pour les deux semelles de la poutre »), §5.5.1.1, §5.5.1.2.1 et §5.5.3.1.3 (DCH), clauses 5.4.1.1(1)P et (3)P de l’annexe nationale.
- NF EN 1992-1-1 (Eurocode 2) et son annexe nationale : Tableau 3.1 (fctm), §3.1.6 (fcd, αcc = 1), §3.2.2(3)P (fyk de 400 à 600 MPa ; l’annexe nationale le limite à 500 MPa en général, 600 MPa sous réserve d’une justification à l’ELS), §3.2.7(4) (Es), §5.3.1(3) (définition de la poutre), §5.9(3) (expression 5.40b), §9.2.1.1(3) (As,max), annexe C (classes d’acier).
- NF P 06-013 (décembre 1995), règles PS 92, amendements A1 (février 2001) et A2 (novembre 2004), ancien texte : 11.1.2.4 (pièce fléchie), 11.2 (matériaux), 11.3.1.3, 11.3.2, 11.3.3.1, 11.3.3.2, 11.3.4.1 à 11.3.4.3, 11.8.1.4, 16.4.1 (Tableau 23), 16.4.5.2 b (broches).
- Règlement de construction parasismique RPS 2000, version 2011 (Maroc), approuvé par le décret n° 2-12-682 du 28 mai 2013 modifiant le décret n° 2-02-177 du 22 février 2002 : 3.1.1 (classes de bâtiments), 3.3.2 et 3.3.3 (niveaux de ductilité, Tableau 3.2), 4.2 (matériaux), Tableau 5.1 et catalogue des zones en annexe, 7.2.2.1.1 (élément fléchi non comprimé), 7.3.1.1 (zones critiques), 7.3.1.2.1 à 7.3.1.2.3 (poutres).
- Règles BAEL 91 révisées 99 : annexe E.5.0 (définition des parois fléchies), retenue par la feuille en mode RPS 2011 pour distinguer la poutre de la paroi fléchie.
NEOPEDIA · en pratique
Sur les plans de ferraillage des ossatures en zone sismique, nos ingénieurs vérifient que les cadres sont resserrés sur toute la longueur de la zone critique, que le premier cadre est à moins de 50 mm du nu du poteau, et que l’espacement retenu tient compte de la barre longitudinale la plus fine, aciers de montage compris.
6. Feuille de calcul
Poutre en zone sismique : dispositions constructives (Eurocode 8, RPS 2011 ou règles PS 92)
Les valeurs par défaut sont celles de l’exemple traité : poutre de portique de 30 × 50 cm sur appui. Le sélecteur choisit le référentiel : Eurocode 8 en classe de ductilité DCM ou DCH (texte en vigueur en France), RPS 2011 (règlement marocain, niveaux ND1 à ND3) ou règles PS 92 (ancien texte). Modifiez les valeurs puis cliquez sur « Recalculer ».
| Structure (coefficient de comportement) | ||
|---|---|---|
| Type structural (Tableau 5.1) | ||
| αu/α1 : multiplicateur (§5.2.2.2(5), entre 1,0 et 1,5) | ||
| T1 : période fondamentale dans le plan de flexion | s | |
| TC : fin du plateau du spectre | s | |
| Géométrie et sollicitation | ||
| bw : largeur de la poutre | cm | |
| hw : hauteur totale de la poutre (h en PS 92 et RPS 2011) | cm | |
| d : hauteur utile (hw − d ≥ dbw + dbL/2) | cm | |
| bc : plus grande dimension du poteau, perpendiculaire à la poutre (c en PS 92 : largeur de la pièce d’appui ; bC en RPS 2011) | cm | |
| e : excentricité entre axes poutre et poteau | cm | |
| l : portée de la poutre entre nus d’appuis EC8 : l ≥ 3 hw (NF EN 1992-1-1, 5.3.1(3)) ; RPS 2011 : h < l/2 (BAEL, annexe E.5.0) ; PS 92 : h ≤ l/4 (11.1.2.4) | m | |
| N : effort normal de calcul dans la poutre, compression positive EC8 : νd ≤ 0,1 (5.1.2) ; RPS 2011 : N ≤ 0,10 B fc28 (7.2) ; PS 92 : ν ≤ 0,07 (11.1.2.4) | kN | |
| Matériaux | ||
|---|---|---|
| fck : résistance caractéristique du béton (fc28 en PS 92 et RPS 2011) | MPa | |
| fyk : limite d’élasticité de l’acier (fe en PS 92 et RPS 2011), de 400 à 600 MPa | MPa | |
| Classe de ductilité de l’acier (NF EN 1992-1-1, annexe C) | ||
| Ferraillage dans la zone critique (sur appui) | ||
| As : armatures supérieures (tendues sous moment négatif) | cm² | |
| A’s : armatures inférieures (tendues à leur tour sous séisme alterné) | cm² | |
| dbL : plus petit diamètre des barres longitudinales (ØL minimal en PS 92 et RPS 2011), au plus 40 mm | mm | |
| dbw : diamètre des cadres (ØT en PS 92 et RPS 2011), au plus 40 mm | mm | |
| s : espacement des cadres mis en place | mm | |
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