Mur de soutènement en béton : stabilité au glissement, au renversement et portance
Mur de soutènement en béton : stabilité au glissement, au renversement et portance
Dimensionner un mur de soutènement en béton armé de type cantilever, ce n’est pas seulement calculer la poussée des terres : c’est vérifier que l’ouvrage, pris comme un tout, reste en équilibre sous cette poussée. Cet article reprend les résultats de Poussée des terres et de Poussée due aux charges sur terre-plein pour les appliquer à un exemple complet de mur cantilever : stabilité au renversement, au glissement, et vérification de la contrainte transmise au sol de fondation.
Avertissement : exemple de calcul à but pédagogique
Cette page présente un exemple de calcul destiné à l’apprentissage de la justification élémentaire des éléments de structure. Elle ne constitue pas un outil de dimensionnement d’ouvrages réels, et les résultats ne sont pas vérifiés pour un projet donné. Le calcul de poussée est mené sur un écran fictif vertical situé à l’extrémité arrière du talon (poussée normale à l’écran, talus horizontal) ; il ne couvre pas le calcul des sollicitations dans le voile et la semelle en béton armé eux-mêmes, ni la stabilité d’ensemble par cercles de glissement (à traiter séparément selon la nature du massif de sol). Voir Poussée des terres pour le détail du coefficient Ka et Poussée due aux charges sur terre-plein pour Kaq.
NEOGENESIS décline toute responsabilité quant à l’utilisation de ces calculs dans des projets qui ne sont pas contrôlés par NEOGENESIS. Le seul moyen d’engager notre responsabilité est de faire valider ces calculs par nos ingénieurs dans le cadre d’une mission de contrôle technique.
1. Le problème : un mur cantilever doit rester en équilibre, pas seulement résister localement
Un mur de soutènement cantilever (voile vertical solidaire d’une semelle, avec un talon qui s’étend sous le massif retenu) tire une grande partie de sa stabilité du poids du remblai situé au-dessus de son talon, plutôt que de sa seule masse de béton. La vérification porte donc sur l’ensemble constitué du mur et de ce remblai : elle compare les moments et les efforts qui tendent à faire basculer ou glisser cet ensemble à ceux qui s’y opposent, puis vérifie que la pression transmise au sol de fondation reste compatible avec sa portance.
2. Le mécanisme : trois vérifications complémentaires
La poussée du massif (terres et charges sur talus) engendre un effort horizontal en tête d’écran et un moment de renversement à la base. Trois vérifications distinctes en découlent : le moment stabilisant, dû au poids propre de l’ouvrage et du remblai sur le talon, doit rester supérieur au moment de renversement ; le frottement sous la semelle doit résister à l’effort de glissement ; enfin, la répartition de la pression sous la semelle, qui dépend de la position de la résultante des efforts, doit rester compatible avec la portance du sol de fondation.
Notations
| φremblai, γremblai | angle de frottement interne et poids volumique du remblai |
| φfondation | angle de frottement interne du sol de fondation, sous la semelle |
| qadm | contrainte de calcul du sol de fondation (valeur à l’ELU) |
| γs | coefficient de sécurité sur le frottement sol-semelle (glissement) |
| PQ | charge variable uniformément répartie sur le talus |
| Hvoile, evoile | hauteur et épaisseur du voile |
| hsemelle | épaisseur de la semelle |
| btalon, bpatin | largeur du talon (arrière) et du patin (avant) de la semelle |
| H | hauteur totale de l’écran fictif de calcul = Hvoile + hsemelle |
| B | largeur totale de la semelle = bpatin + evoile + btalon |
| PG1, PG2, PG3 | poids du remblai sur le talon, du voile, de la semelle |
| HG1, HQ | résultantes de poussée horizontale (terres, charges sur talus) |
| z1, z2 | hauteurs d’application de HG1 et HQ au-dessus de la base de la semelle |
| x1, x2, x3 | bras de levier de PG1, PG2, PG3, mesurés depuis l’avant du patin |
| Ms, Mr | moments stabilisant et de renversement autour de l’avant du patin |
| Fs, Fr | effort résistant au glissement et effort horizontal de glissement |
| Ni, MSi, MRi | effort vertical, moment stabilisant et moment de renversement de la combinaison i |
| ai | distance du point d’application de la résultante Ni, mesurée depuis l’avant du patin |
| ei, B’ | excentricité de la résultante par rapport au milieu de la semelle = |ai − B/2| ; largeur efficace B’ = B − 2 ei |
Un principe d’équilibre statique, indépendant du référentiel béton armé
Les vérifications de cette page (renversement, glissement, contrainte au sol) relèvent de l’équilibre statique de l’ouvrage et de la géotechnique : elles ne dépendent pas du référentiel utilisé pour vérifier les sections en béton armé du voile et de la semelle, qui font l’objet d’un calcul séparé.
Les coefficients partiels retenus (1,35 et 1,5 sur les actions défavorables, 0,9 ou 1,0 sur les actions permanentes favorables, γs = 1,2 sur le frottement sol-semelle) sont ceux de l’exemple traité ici, dans la logique des combinaisons ELU de la réglementation française antérieure aux Eurocodes (BAEL 91, Fascicule 62 titre V). Une justification selon l’Eurocode 7 (NF EN 1997-1 et sa norme d’application nationale pour les murs, NF P 94-281) utilise d’autres jeux de coefficients et d’autres critères (portance déduite des essais de sol, limitation de l’excentricité selon la combinaison) : elle n’est pas traitée par cette feuille, quel que soit le référentiel sélectionné.
3. Les étapes de la justification
- Coefficients de poussée Ka et Kaq, cas particulier de l’écran fictif vertical.
- Poussée des terres HG1, appliquée au tiers inférieur de H.
- Poussée due à la charge sur talus HQ, appliquée à mi-hauteur de H.
- Poids propre et bras de levier du remblai sur talon, du voile, de la semelle.
- Stabilité au renversement, sous actions permanentes seules puis permanentes et variables.
- Stabilité au glissement, sous actions permanentes seules puis permanentes et variables.
- Vérification des contraintes au sol, sur les quatre combinaisons de charge.
4. Ce qu’il faut retenir
- Le poids du remblai situé directement au-dessus du talon participe pleinement à la stabilité de l’ouvrage : c’est souvent lui, plus que le béton du mur lui-même, qui assure l’essentiel du moment stabilisant.
- Les vérifications de renversement et de glissement combinent des coefficients différents sur les actions stabilisantes (0,9 sur les poids pour le renversement) et déstabilisantes (1,35 sur la poussée des terres, 1,5 sur la poussée due à la charge variable), ainsi qu’un coefficient de sécurité propre au frottement sol-semelle : elles ne se réduisent pas à une simple comparaison de moments ou d’efforts non pondérés.
- La contrainte transmise au sol dépend de la position de la résultante des efforts verticaux, elle-même variable selon la combinaison de charge retenue : il faut examiner plusieurs combinaisons (efforts pondérés ou non, avec ou sans la charge variable) pour identifier la plus défavorable.
5. Références
- Kérisel J. et Absi E., Tables de poussée et de butée des terres, Presses de l’école nationale des Ponts et chaussées.
- Méthodes de calcul des murs en béton armé, SETRA, Ministère de l’équipement et du logement.
- Fascicule 62 titre V du CCTG, Règles techniques de conception et de calcul des fondations des ouvrages de génie civil.
- NF EN 1997-1 (Eurocode 7) et NF P 94-281, Justification des ouvrages géotechniques, murs (pour une justification selon les Eurocodes, non traitée ici).
NEOPEDIA · en pratique
Sur les murs de soutènement, nos ingénieurs examinent systématiquement l’ensemble des combinaisons de charge pour la vérification de la contrainte au sol, et ne se limitent jamais à la seule combinaison la plus intuitive : la combinaison la plus défavorable pour la stabilité n’est pas toujours celle qui l’est pour la portance.
6. Feuille de calcul
Mur de soutènement cantilever : équilibre et portance
Les valeurs sont à titre indicatif. Modifiez-les pour voir l’influence de chaque paramètre ; le calcul se met à jour immédiatement. Le sélecteur de référentiel est sans effet sur cette feuille : les vérifications sont menées avec les coefficients de l’exemple dans les deux positions (voir encart ci-dessus).
| Sol | ||
|---|---|---|
| φremblai : angle de frottement du remblai | ° | |
| γremblai : poids volumique du remblai | kN/m³ | |
| φfondation : angle de frottement du sol de fondation | ° | |
| qadm : contrainte de calcul du sol de fondation (ELU) | bar | |
| γs : coefficient de sécurité au glissement | ||
| Charges | ||
|---|---|---|
| PQ : charge variable sur le talus (horizontal) | kN/m² | |
| Géométrie | ||
|---|---|---|
| Hvoile : hauteur du voile | m | |
| evoile : épaisseur du voile | m | |
| hsemelle : épaisseur de la semelle | m | |
| btalon : largeur du talon (arrière) | m | |
| bpatin : largeur du patin (avant) | m | |
| Matériau | ||
|---|---|---|
| γbéton : poids volumique du béton armé | kN/m³ | |
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